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Interviews - Fuzzine (fr) - 2009

Aurais je assez chantĂ© ses louanges, mais Johan Asherton a bien voulu mâ??accorder une entrevue. Rencontre avec le plus grand artiste français actuel.  Scandaleusement passĂ© sous silence par quatre-vingt-dix-neuf pour cent des mĂ©dias. Trop occupĂ©s Ă  tracer des graphiques de rentabilitĂ©, pour perdre du temps avec quelquâ??un qui cite Marc Bolan et JK Huysmans. Ă?a tombe bien, Johan sâ??en fout. Ce qui lâ??intĂ©resse, câ??est sa musique. Nous aussi. Je tape ceci en Ă©coutant son dernier album live (Live At Cinema Jean Vigo) enregistrĂ© Ă  Genevilliers le 7/02/2009, et jâ??ai, comment dire, les mâchoires sur les genoux. Toujours ce si bel alliage, si simple en apparence. Une voix, dix doigts, et six cordes. Surtout rien de plus. Le sauveur est en ville, portez la bonne parole. Et quand il sâ??attaque Ă  ces grands Ă©corchĂ©s que sont Tim Hardin ou Jackson C. Frank, les baltringues de la concurrence sont autorisĂ©s Ă  se cacher sous le tapis. Pour y peaufiner leur tout petit rĂ©pertoire, et capitaliser sur le goĂ»t atroce dâ??une gĂ©nĂ©ration. Les pauvres.

Présentation, premières influences.
Je suis né à Paris en 1958. Mes parents étaient musiciens classiques, et m'ont toujours soutenu dans ce que je voulais faire de ma vie. Je me suis mis à la guitare en 1970, et ai commencé d'écrire mes premières chansons en écoutant Hendrix, T. Rex et les Beatles. Et tout ce qui se faisait à l'époque. Des gens comme Dylan, Cohen, Tim Hardin, David Blue, Kevin Ayers et Nick Drake sont venus un peu plus tard.

Premier et dernier disques achetés.
Axis: Bold As Love d'Hendrix, et Pieces de Manassas, qui vient de sortir.

Reprenons ta carrière dans lâ??ordre. Il y a dâ??abord eu les Froggies, groupe de rock intègre ?  Puis du blues. Câ??est important le blues ? Avant de te lancer en solo. Les critiques de Godâ??s Clown Ă©taient Ă©logieuses. Ă?a tâ??a surpris, pour un disque aussi dĂ©pouillĂ© ?
Les Froggies, parce que les Dogs m'ont montré qu'un groupe français pouvait vraiment jouer du rock tel que je l'entendais dans ma tête. Le blues est très important, puisqu'à la base de toute cette musique. Et j'ai eu envie de m'immerger dedans, avec le Liquid Gang. Mon premier album God's Clown est paru en 1988, très influencé par Nikki Sudden, qui m'a démontré qu'on pouvait fusionner Bolan, Syd Barrett, les Stones, Neil Young et Dylan comme si de rien n'était. Ce disque a été très bien reçu, ce qui m'a bien sûr fait plaisir, mais il n'est pas si dépouillé que cela, je pense.

Parlant de ce premier album solo, le verra tâ??-on enfin, un jour, sortir en CD ?
Il est sorti à l'époque en vinyle, cassette et CD. Mais surtout en vinyle. J'espère le voir réédité un jour.

Tu as participé à des compilations hommage à Dominique des Dogs, Nikki Sudden, consacré un disque à Marc Bolan. La noblesse du geste avant tout ?
Il me parait important de rendre hommage aux gens qui nous ont beaucoup apporté. Il y en a bien d'autres, mais je n'en finirais pas.

Certains de tes disques sont distribués uniquement au Japon. Explique-nous un peu ce paradoxe ?
C'est valable pour beaucoup d'autres artistes. Les Japonais sont d'éternels curieux de tout, très branchés sur des trucs assez exceptionnels, que ce soit en musique, littérature, cinéma.

Il y a aussi ce côté littéraire. Qui sont tes auteurs favoris ? Tu as même consacré un album à un poète écossais.
J'ai mis en musique Phantastes, de l'Ă©crivain George McDonald et mes auteurs prĂ©fĂ©rĂ©s vont de Huysmans Ă  Henning Mankell, en passant par Boris Vian, Maupassant.  Il y en a tellement...

Grâce Ă  toi, jâ??ai dĂ©couvert les prĂ©raphaĂ©lites. Comment dĂ©finirais-tu le fan moyen de Johan Asherton ? Un dandy en devenir ?
J'ai l'impression de toucher toutes sortes de gens, âges et milieux confondus, ce qui me plait beaucoup. J'ai horreur des prétendues élites - si tant est que le dandysme en soit une. Le vrai dandysme se trouve bien souvent dans l'inattendu le plus complet, à mon sens.

Ton opinion sur lâ??Ă©tat actuel de la musique, la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© et le business omniprĂ©sent. Ă?a tâ??intĂ©resse, tâ??indiffère ou te dĂ©prime ?
Un peu tout cela en même temps... Je ne me pose plus trop de questions depuis longtemps. J'ai une idée assez claire de ce que je veux faire, et comment le faire.

Les lois contre le tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal. Câ??est utile ou liberticide ?
J'aime surtout l'idée que les tous les ayants droit soient rétribués. Si les disques ne se vendent plus, si les artistes ne se voient plus proposer que des concerts gratuits ou aux entrées, il deviendra impossible de continuer à vivre pour créer.

On peut parler un peu de Nick Drake ? Même si on a dû te faire le coup mille fois. Tu pourrais lui dédier un album entier ?
Son influence dans ma vie, tant humaine que musicale, est immense. Je lui ai implicitement dédié mon album The Moon, Soon (1995) et à part une reprise ou deux, je ne me verrais pas m'attaquer à sa musique.

Tes projets maintenant ?
Des rééditions de certains de mes albums, l'écriture de nouvelles chansons, différents projets avec mes groupes (The Aoifes, The Marauders), et finir d'écrire un petit roman commencé il y a longtemps.

Ton Ă®le  dĂ©serte. Une personne, un disque, un livre, un film, une guitare.
Ma girlfriend, et une bonne vieille Gretsch White Falcon. Pour le reste, il y en a trop !

Propos recueillis par Laurent
Fuzzine - November 2009

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